CHAPITRE 2 de l'Âme du Poignard ( livre de fantasy )


En réponse aux nombreux mails envoyés à l'auteur Denis Morlon, les éditions Beaurepaire  présente le chapitre 2.
               

L'orage


"Debout là-dedans, réveillez-vous !" cria Bruno en passant la tête dans la tente de Charlie et Laurie.
"Mais quelle heure est-il ?" questionna Charlie d'une voix pâteuse en se frottant les yeux.
"Six heures à peine, mais dépêchez-vous, c'est un véritable champ de labours dehors. Je vous signale qu'il pleut sans interruption depuis le milieu de la nuit et que les tentes commencent à fuir."
"En effet" marmonna Laurie en essuyant la goutte d'eau qu'elle venait de recevoir, pile dans l'oeil droit.
"Non mais regardez-moi ce massacre" reprit Bruno en écartant davantage les pans de l'entrée de la tente.
Le spectacle qui s'offrit alors à leurs yeux ébahis était effrayant, un vrai déluge. Au premier plan, la pluie tombait tellement dru, qu'elle faisait un véritable rideau de perles d'eau à peine transparent. Derrière, ils devinèrent plus qu'ils ne la virent, la grande et mince silhouette sombre d'Alexandre, occupé au démontage de sa tente. De grosses gouttes rebondissaient en faisant de multiples petits ronds sur ses épaules et sur le casque qu'il avait enfilé. Ses bottes étaient enfoncées jusqu'aux chevilles dans la boue qui avait remplacé l'herbe tendre de la veille.
"Merde !" dit Charlie rageusement.
"Super les vacances de Pâques !" ajouta Laurie. "Bon ! Mon petit Boule si tu allais aider ce pauvre Alex que je puisse m'habiller."
Cinq minutes plus tard, les quatre attaquaient le démontage en milieu hostile de la deuxième tente. Encore cinq minutes, et ils chargeaient tant bien que mal les scooters avant de solliciter les démarreurs, prêts à fuir. Généreusement, les moteurs, malgré les trombes d'eau qui se déversaient sur eux, firent entendre les uns après les autres leurs vrombissements.
"C'est quand même beau le progrès" hurla Charlie sur sa bécane, en levant un pouce en l'air à l'intention de ses compagnons.
Il roula... une paire de mètres avant de se retrouver immobilisé dans plusieurs centimètres de boue gluante. Comme il se retournait vers Laurie pour lui demander de descendre, il vit arriver Alexandre, lancé à bonne vitesse, qui lui fonçait droit dessus. Ce dernier, bien qu'il réussit à l'éviter de justesse, ne put par contre, éviter la chute et s'étala de tout son long dans une énorme mare. Heureusement, il ne se fit visiblement pas mal. À peine assis, les fesses baignant généreusement dans l'eau boueuse, il donna un violent coup de poing rageur à la surface de celle-ci. Il provoqua à cette occasion une grande éclaboussure qui aurait dû gicler sur la visière de son casque, s'il ... ne l'avait pas remontée quelques secondes plus tôt.
Charlie aurait bien volontiers volé au secours de son ami dans le besoin, mais après avoir déployé la béquille de son scooter, il comprit, voyant celui-ci s'enfoncer inexorablement dans la boue, qu'il ne pourrait jamais rester debout de cette façon. Il se retourna alors vers Bruno pour obtenir de l'aide et vit que ce dernier n'avait pas bougé d'un pouce, n'osant se risquer sur un terrain aussi mouvant.
"J'ai bien peur que nous ne soyons pris au piège" dit Charlie à Alexandre qui venait d'ôter son casque pour que la pluie lave son visage maculé de boue.
"Bon !" dit celui-ci qui avait recouvré tout son calme, "je pense que le mieux est de s'occuper d'une bécane à la fois. Nous allons commencer par la tienne puisque la mienne est déjà couchée dans la boue. Elle ne tombera pas plus bas et celle de Boule est toujours sur béquille. Allez, au boulot !"
La tactique mise en place par Alexandre s'avéra payante, puisqu'après bien des efforts communs, ils réussirent à traîner le scooter de Charlie jusqu'au petit chemin caillouteux qui menait à la route goudronnée, hors de la forêt.
"Et d'un !" annonça fièrement Laurie en se frottant les mains.
"On dirait que ça se calme légèrement" ajouta Bruno, qui assis sur une pierre tentait de retrouver un second souffle.
"C'est vrai" répondit Alexandre, toujours tête nue. "Profitons-en pour sortir ma bécane de la mare."
L'averse avait presque cessé lorsque le scooter d'Alexandre trouva enfin sa place à côté de celui de Charlie.
Les compagnons reprenaient tout à fait espoir et riaient même par moment aux facéties de Cody qui courait comme un dératé d'un engin à l'autre en effectuant de superbes dérapages plus ou moins bien contrôlés. En voilà au moins un à qui le climat semblait parfaitement convenir.
"Allez ! On en termine avec le scooter de Bruno, puis on taille la route vers des contrées plus hospitalières" dit joyeusement Alexandre en repoussant en arrière, d'un geste rapide, les cheveux blonds et mouillés qui lui collaient au visage.
Un roulement sourd résonna dans le ciel, suivi d'énormes gouttes de pluie.
"Et voila c'est reparti" soupira Laurie en remettant son casque sur la tête alors qu'elle venait à peine de l'enlever. "Grouillons-nous !"
Tous se précipitèrent vers le scooter de Bruno et sans attendre, le poussèrent à un train soutenu. Ils progressèrent de manière satisfaisante, vues les circonstances, jusqu'au passage le plus délicat, c'est à dire l'endroit où ils s'étaient déjà piteusement embourbés les fois précédentes. C'est alors qu'un coup de vent d'une force inouïe, les renversa tous, scooters compris, comme de vulgaires quilles de bowling.
"Alors là, c'est pas croyable !" fulmina Laurie." On est maudit, c'est pas possible" ajouta-t-elle en se relevant difficilement après quelques glissades.
"Allez merde, poussez !" hurla à son tour Alexandre dans le tumulte de la véritable tempête qui maintenant faisait rage.
C'est à peine si les autres l'entendirent au milieu du vacarme que faisaient le vent, le tonnerre et la pluie. Les violents éclairs qui se succédaient à une cadence ininterrompue, donnaient à la scène l'allure étrange de ces anciens films en noir et blanc, dans lesquels les acteurs avaient des gestes saccadés.
"C'est une véritable patinoire" maugréa Charlie à l'arrière du scooter,en posant une main dans la boue pour s'assurer une prise dans la position inconfortable qui était la sienne.
C'est à ce moment précis, lorsqu'il sentit quelque chose sous ses doigts, que sa destinée, ainsi que celle de ses compagnons, choisit une route extraordinaire. Dans l'immédiat et à la surprise générale, coupant son effort, il s'assit tranquillement pour regarder sa trouvaille.
"Qu'est-ce que tu fiches ?" cria Alexandre toujours cramponné au guidon du scooter.
Au bout d'un moment et comme ce dernier ne répondait pas, Laurie lâcha prise pour dire sa façon de penser au garçon mal élevé qui ne daignait même pas répondre aux amis qu'il abandonnait dans la difficulté. Pourtant, quand elle fut à sa hauteur, elle ne dit rien.
"Alors quoi les gars !" hurla Alexandre. "C'est pour aujourd'hui ou pour demain ?"
Après un instant d'hésitation il finit par annoncer à Bruno sur un ton exaspéré: "Attention ! Tiens ta bécane, je vais voir à quoi ils jouent."
Pris quand même un peu par surprise malgré l'avertissement, ce dernier ne réussit pas à retenir l'engin qui se coucha lamentablement dans la boue. À cette vision, Bruno poussa un hurlement indistinct, sans doute de colère. Il tenta de le relever, ce qu'il parvint à faire au prix d'un effort intense.
"Enfin !" hurla-t-il. "J'y suis arrivé, venez vite m'aider !"
Après une attente d'une minute qui lui parut une éternité, il dut bien se faire à l'idée que sa situation "désespérée" ne préoccupait pas ses amis plus que cela.
"Je me demande quand même ce qu'il se passe" maugréa-t-il en se tordant le cou dans l'espoir de voir ce qui intéressait tant ses amis.
Finalement, rongé par la curiosité, il se décida à lâcher son scooter, avec il est vrai, un maximum de douceur en l'accompagnant jusqu'au sol. Puis, il se précipita sur le groupe.
"Alors, qu'est-ce que vous faites ? Je vous signale que..."
Ses protestations n'allèrent pas plus loin quand il vit ce que Charlie avait dans sa main.
"Qu'il est beau !" hurla Alexandre, pour couvrir le son assourdissant d'un roulement de tonnerre particulièrement long.
"Il est magnifique" acquiesça Laurie en hochant sa tête casquée.
"C'est un poignard" cria Bruno.
"Non, tu crois ?" ironisa Laurie.
Puis se retournant, elle s'agenouilla près de Charlie pour mieux voir l'objet magnifique dont la lame brillait de mille feux à chaque éclair.
"On dirait qu'il est neuf" fit-elle remarquer.
"Je ne crois pas" répondit Charlie. "Au contraire, je dirai même qu'il est très ancien."
"Je suis d'accord avec Charlie" dit à son tour Alexandre. "Il est dans un état de parfaite conservation, mais je pense qu'il est d'une autre époque"
"Ancien ou pas, il doit valoir une petite fortune" reprit Laurie. "Regardez ! Le manche est incrusté de multiples pierres précieuses.
Charlie ôta ses gants et les mit dans la poche de son blouson. Puis du bout de l'index, il tâta la pointe du poignard. Du sang coula le long de la lame, se mélangeant à l'eau de pluie qui tombait toujours aussi fort.
"En tout cas" remarqua ce dernier en portant son doigt à la bouche à travers la visière ouverte de son casque, "il est toujours affûté."
Puis, il s'agenouilla, sans doute dans l'idée de se relever. Mais soudain, pris d'une envie subite de mieux voir la lame étincelante, il leva son bras armé vers les cieux. À ce moment, un éclair bleu vif, zébrant l'obscurité, rejoignit la pointe de la lame. Dans le coup de tonnerre d'une violence extraordinaire qui suivit presque instantanément, une luminosité formidable inonda l'ensemble de la clairière.
Commander L'Âme du Poignard


 
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