CHAPITRE 1 de l'Âme du Poignard ( littérature jeunesse )



L'auteur Denis Morlon t'offre en avant-première le chapitre 1 du roman L'Âme du Poignard. Tu feras ainsi  la connaissance des principaux personnages ... avant que le destin ne les frappe.

vive les vacances

 
  Les trois scooters avalaient les virages les uns après les autres, se balançant avec une certaine grâce de droite à gauche. Ils suivaient ainsi l'étroite route qui se faufilait entre le flanc d'une montagne escarpée et un profond ravin. Parmi les engins qui composaient ce "ballet", le rouge attirait plus encore le regard que les deux autres. Sa couleur n'était pas la raison principale de cet attrait mais bien l'étrange équipage qui le chevauchait. En effet, devant le pilote et sa passagère, bien calé sur le plancher avec les pattes avant appuyées sur le guidon, se tenait un chien, les oreilles rejetées en arrière par la vitesse et les yeux protégés par une magnifique paire de lunettes d'aviateur.
La journée qui avait été superbe tirait à sa fin lorsque les machines pénétrèrent dans une forêt. Après un ou deux kilomètres, parcourus au ralenti sur un étroit chemin caillouteux, elles débouchèrent sur une clairière.
"Voici l'endroit idéal" s'écria le pilote du scooter bleu après avoir ôté son casque et regardé d'un air satisfait le paysage qui l'entourait.
"Allez, on décharge les bagages et on monte les tentes" ajouta-t-il en coupant le contact de son engin.
"Alex, tu es certain qu'il n'y a pas d'ours ou d'autre bestiole du même genre dans le coin  ?"demanda à ce dernier la passagère du scooter rouge, en jetant des regards inquiets aux alentours.
"À peu près certain" répondit le jeune homme.
"Laurie, ne me dis pas que tu as peur de camper dans cette forêt" s'étonna faussement le pilote du scooter rouge.
Elle jeta à ce dernier un regard meurtrier mais s'abstint de lui répondre. Ce n'était pourtant pas dans sa nature de laisser passer ce genre d'attaque verbale, surtout venant de son petit ami, mais elle était lasse et de fait sans la réponse cinglante qui aurait été nécessaire. Elle se contenta donc de lancer  à la cantonade, en se saisissant de plusieurs gourdes, un modeste mais définitif :
"Je vais remplir les gourdes."
Charlie, un peu surpris par la réaction, somme toute pacifique et donc inhabituelle de sa petite copine, jeta un regard étonné au pilote du scooter jaune, comme pour le prendre à témoin. Celui-ci un jeune garçon un peu rondouillard répondant au prénom de Bruno, mais surtout au surnom peu original de Boule, ne le vit pas. Il faut dire que toute l'attention de ce dernier était concentrée sur l'opération délicate, qui consistait à ôter le tendeur maintenant son sac au porte-bagages, sans se prendre un retour dans le nez.
Laurie guidée par le bruit caractéristique que fait un petit ruisseau de montagne qui s'écoule entre les roches, n'eut pas beaucoup à marcher avant de trouver celui-ci, légèrement en contrebas.
"Comme c'est agréable" soupira-t-elle en s'aspergeant le visage.
L'eau était très fraîche et après une journée si chaude, c'était comme de se nettoyer de la fatigue accumulée.
Soudain, un bruit sec la fit sursauter. Son coeur se mit à battre à tout rompre sans qu'elle puisse le contrôler. Elle retint sa respiration, tous les sens aux aguets. Le craquement se reproduisit encore une fois et encore une fois plus près. N'y tenant plus, elle se leva tel un diable qui sort de sa boîte et s'adressant aux arbres qui l'entouraient, elle cria d'une voix plus aiguë qu'elle ne l'aurait souhaitée :
"Qui est là ?"
"C'est moi" répondit Bruno dont la tête hilare émergea de derrière un gros tronc d'arbre. Je ne ressemble pas à un ours à ce point tout de même" ajouta-t-il en s'approchant de ce qu'il pensait être la démarche d'un plantigrade.
"Si justement" siffla-t-elle. Puis d'un geste brusque, elle se saisit des gourdes qu'elle portait en bandoulière et se penchant à nouveau au bord de l'eau, elle entreprit de les emplir. Une fois que ce fût fait, sans un regard pour le farceur, elle remonta la pente de l'attitude la plus fière qu'elle pût adopter.
Lorqu'elle arriva au camp, elle constata avec plaisir que les autres n'avaient pas perdu leur temps. Les deux tentes étaient déjà parfaitement installées au pied de deux arbres majestueux qui laissaient passer à travers la ramure, un unique mais superbe rayon de soleil oblique. La beauté du tableau lui rendit instantanément la bonne humeur que la fatigue du voyage avait quelque peu émoussée. Les mains sur les hanches elle lança d'un ton enjoué :
"Bon, les gars, passez la commande, ce soir c'est moi qui fait la cuisine. Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? Allez, j'écoute !"
Les commandes qui ne tardèrent pas à fuser, furent variées et surtout très fantaisistes. Mais à l'arrivée, ils durent se contenter de boîtes de conserve réchauffées, ce que d'ailleurs ils firent bien volontiers, tant la faim les tenaillait.
Par la suite, ils expédièrent la corvée de la vaisselle en un temps record. Charlie se glissa alors sous la tente pour en ressortir avec à la main une guitare.
"C'est parti !"  décréta-t-il en s'asseyant près du feu et en invitant les autres à en faire autant.
Puis il égrena quelques notes de musique. Tous reconnurent l'intro d'une chanson à la mode et lorsque fut venu le temps du refrain, leurs voix s'élevèrent en choeur. À la chanson suivante, Bruno sortit un harmonica de sa poche et se mit en tête d'accompagner le guitariste.
Pendant ce temps, les animaux de la forêt sans doute attirés par les lumières et le son plus ou moins mélodieux des chansons, observaient en silence, dans l'ombre des arbres, le spectacle que donnaient ces intrus. Seul Cody le chien, avait conscience de cette présence discrète et vint d'ailleurs un instant renifler à la lisière de la clairière. Apparemment satisfait, il revint tranquillement se recoucher près du feu.
C'était un superbe labrador mâle que le père de Charlie avait apporté à la maison par une froide soirée d'hiver, alors qu'il n'était encore qu'une petite boule de poils noirs. Depuis cet instant, Cody et Charlie était devenus inséparables, à tel point que Laurie la petite amie d'enfance en avait été jalouse. Mais rapidement, elle était tombée à son tour sous le charme du chiot tant celui-ci s'était montré mignon et intelligent.
"Je pense qu'il est temps d'aller se coucher les amis" dit Alexandre en s'étirant, alors que la nuit étaient déjà bien entamée et que le silence avait gagné le camp depuis plusieurs minutes.
"Bonne idée" ajouta Laurie avant de bâiller en s'en décrocher la mâchoire. "Je suis morte de fatigue."
"Je propose que le premier levé demain matin fasse le petit déjeuner" dit à son tour Charlie, tout en donnant des coups de pied sur le feu pour l'éteindre. Celui-ci n'était pas vraiment un lève tôt, contrairement à Alexandre qui lui lança un regard entendu.
Après quelques minutes de conversation sous le ciel étoilé, ils se séparèrent en deux groupes avant de se glisser sous les tentes, d'un côté Alexandre et Bruno, de l'autre Laurie et Charlie. Cody, quant à lui s'installa comme à son habitude devant l'entrée de la tente de son maître.
"Cody !" murmura ce dernier en sortant la tête de son abri " je compte sur toi pour surveiller le campement. N'oublie pas de jeter un oeil sur les scooters de temps en temps" ajouta-t-il en lui grattant le dessus de la tête.
Le fidèle chien, comme pour lui répondre, laissa échapper un petit jappement.
"Super !" souffla Charlie avant de fermer la tente.
En se retournant, il vit que Laurie était déjà couchée, emmitouflée jusqu'au menton dans son duvet.
"Ce n'est pas un quatre étoiles, mais je ne devrai pas mettre plus de deux minutes à m'endormir" murmura-t-elle.
En fait, ses prévisions s'avérèrent totalement fausses. Bien qu'elle resta quelques minutes à la frontière entre l'éveil et le sommeil, avec de bonnes chances estimait-elle de basculer rapidement dans les bras de Morphée, elle n'y parvint pas. Petit à petit, elle se mit à écouter puis à guetter les différents sons qui venaient de la forêt. En peu de temps, elle prit l'habitude de reconnaître les bruits que faisait Cody, lorsque par exemple, il poussait de profonds soupirs ou encore lorsqu'il changeait de position. Parfois, elle l'entendait et cela l'inquiétait un peu, pousser des grognements et s'éloigner à la recherche de seul Dieu sait quoi. Mais heureusement, il revenait en général assez vite reprendre sa place devant la tente. Cette nuit là, elle bénissait particulièrement sa présence, car avec l'âge il était devenu très puissant pour un labrador et elle ne doutait pas que s'il le fallait, il donnerait sa vie pour la défense de son maître et de ses amis. Il était quand même extrêmement rassurant d'avoir un tel chien comme garde du corps.
Après cette conclusion encourageante, elle pensa pouvoir enfin trouver le sommeil du juste. Mais elle dut convenir, et ce malgré de multiples recherches pour trouver la meilleure position, que décidément il n'y avait rien à faire.
"Mais qu'est-ce que j'ai bon sang ? Je suis pourtant morte de fatigue."
Elle se leva sur un coude et balaya du regard l'intérieur de la tente. Sur le moment, elle ne vit absolument rien tant il faisait sombre. Puis, elle parvint à distinguer la forme de Charlie couché à ses côtés et qui de toute évidence dormait à poings fermés.
"Heureux homme" murmura-t-elle.
Elle se laissa retomber doucement sur le dos.
"Qu'est-ce qu'il fait chaud" soupira-t-elle après quelques instants d'immobilité totale.
Elle repoussa alors violemment son duvet. Au même instant, un grondement sourd se fit entendre. Sur le coup, elle pensa :"Tiens ! Voilà ce brave Cody reparti en chasse."
Puis, elle réalisa que le son ne pouvait pas être sorti de la gorge du chien, il venait de beaucoup plus loin. Elle se releva sur le coude et écouta de toutes ses oreilles. Elle remarqua alors qu'il régnait dehors un silence total, la forêt s'était tue. Son premier réflexe fut de réveiller Charlie, mais au dernier moment elle se ravisa et décida malgré sa peur d'aller jeté un coup d'oeil à l'extérieur. Elle prit sa lampe et sans l'allumer dans un premier temps, se mit à ramper vers la sortie. À la suite de quelques tâtonnements, elle parvint non sans mal, à mettre la main sur la languette de la fermeture éclair et après un dernier regard en direction de Charlie, commença à la faire glisser très lentement vers le haut. Tout à son effort à faire le moins de bruit possible, elle tirait inconsciemment la langue en passant que si par malheur elle réveillait cet animal de Charlie, il ne manquerait pas de se moquer d'elle. Finalement, elle parvint à ouvrir l'un des pans de l'entrée et passa sa tête à travers. L'obscurité était totale et comme elle s'apprêtait à allumer sa lampe, elle reçut sur le nez quelque chose de visqueux. Elle se jeta en arrière en poussant un cri strident. Dans l'instant qui suivit, elle fut aveuglée par une lumière et voulut lancer un hurlement encore plus puissant, lorsqu'une main se plaqua sur sa bouche. Prise de panique, elle commença à se débattre en distribuant de violents coups de pieds. Ce n'est que lorsqu'elle fut enfin redressée sur ses fesses, qu'elle réalisa qu'une voix familière s'adressait à elle :
"Calme-toi, c'est moi ! Je vais te lâcher, mais je t'en prie, ne crie pas, tu vas réveiller tout le campement."
Elle braqua le rayon de sa lampe torche qui s'était allumée dans la bagarre droit devant elle et vit le visage d'un Charlie ébloui certes, mais aussi très amusé. Elle n'apprécia que modérément ce regard moqueur, mais fut en même temps rassurée de constater qu'il était "son agresseur". Presque instantanément, elle comprit en apercevant la tête de Cody en arrière plan, que c'était ce dernier qui avait déclenché ce bref instant de folie en lui disant bonjour à sa façon, d'un coup de langue sur le nez. Elle sentit alors que toute la pression qu'elle avait emmagasinée tombait d'un seul coup et qu'une irrésistible envie de rire la gagnait. Elle chercha bien à se retenir, mais brutalement la digue céda et le rire déferla, emportant également Charlie. Ils rirent alors tous deux de bon coeur en se roulant sur le sol. Cody imaginant qu'il s'agissait d'un jeu et voulant participer, s'amusa à les pousser du museau.
"Tu entends ?" chuchota soudain Laurie en repoussant le chien.
"Oui" répondit Charlie qui se tenait la rate avec un petit air de souffrance dans le regard."C'est le grondement d'un orage qui se répercute sur les montagnes."
"C'est vrai, tu as raison !" répondit-elle en laissant échapper un petit rire étouffé, avant qu'un éclair ne la fasse sursauter. "Je suppose que la pluie ne va pas tarder" ajouta-t-elle.
À peine avait-elle fini de parler, que le bruit de grosses gouttes tombant sur la toile tendue de la tente, se fit entendre.
"Et bien, ça promet" dit Charlie, en passant une main à l'extérieur. "Je pense que ça va dégringoler fort dans un moment. Es-tu d'accord pour que nous gardions Cody avec nous ? Il pourra se coucher à nos pieds."
"Bien sûr !" répondit Laurie en refermant la tente."Essayons de dormir. J'ai peur que demain matin le réveil ne soit pénible."
Ils se recouchèrent donc, mais cette fois dans le même duvet. L'averse redoubla, apportant par la même occasion un peu de fraîcheur. Au bout d'un moment, Laurie se sentit tout à fait bien dans les bras de Charlie. Celui-ci s'était déjà rendormi et le souffle paisible de sa respiration mêlé au son de la pluie sur la tente la berçait. La dernière chose qu'elle vit de cette nuit, fut les yeux ouverts de Cody, le regard dans le vague, illuminés l'espace d'un instant par un éclair. Enfin, elle s'endormit.
Chapitre 2


  
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